Voyage en 2CV aux USA
Episode II : Exploration


Houston, son centre ville

Ainsi, un beau matin de juillet, nous nous retrouvons à Houston afin d'y récupérer notre véhicule trois jours plus tard.

Quelques jours donc où nous pouvons apprécier ce que peut donner la démesure humaine en matière de procréation citadine.

C'est bel et bien par un rude choc que débute notre rencontre avec le plus puissant pays du monde : Houston, une ville où l'Homo Européanus fraîchement débarqué se sent comme un intrus.

Comment décrire, en effet, ce que l'on peut ressentir au fait que l'on ne rencontre personne sur les rares trottoirs longeant d'immenses tours vitrées ? Chaude et moite, la ville ressemble en fait à ce que l'on trouverait après qu'un mystérieux virus ait détruit toute vie animale et où les seules formes encore animées se borneraient à quelques machines régulièrement alimentées par de courts déluges de grosses gouttes tièdes qui vous douchent gratuitement.

houston, buildings
Houston : de gigantesques buildings de verre et pas un chat à l'horizon...

Dans notre quête grégaire, nous décidons d'aller musarder sur Main Street, l'artère principale de Houston. Lorsque nous débouchons sur Main Street, nous avons brutalement l'impression de nous retrouver au milieu d'un tournage de "Starsky et Hutch". Le croisement avec un groupe de musclés dont l'un arbore nonchalamment une batte de base-ball usagée nous incite à tourner prudemment dans la première rue venue pour fuir loin de la faune de cette jungle urbaine...

Surmontant le choc, nous décidons de nous concentrer sur la récupération de notre moyen de transport.

Houston, ses docks

Grâce à l'amabilité des douaniers Américains, le coté paperasserie se déroule sans problème. Il n'en est pas de même lorsque, une fois au port, nous retrouvons notre 2CV avec quelques petits accrocs et, surtout, la batterie complètement à plat. Même tractée par un puissant pick-up, la 2CV refuse de démarrer. Nous devons impérativement recharger la batterie.

Il faut bien dire que, dans ce coin là, les chargeurs 6 volts ne courent pas les rues. Heureusement, intrigué par la 2CV, un sympathique Texan barbu nous trouve l'engin adéquat qui, dans ces contrées, sert exclusivement à régénérer les batteries des distributeurs de boissons fraîches, très présents en ces lieux ensoleillés.

houston, les docks
Houston, en attendant que la batterie se recharge...

De retour aux docks, nous installons la batterie. Vaguement inquiet, Sylvain met le starter puis tire précautionneusement sur la tirette du démarreur...

Après quelques tours indécis, le bicylindre s'ébroue puis fait entendre son fraternel ronronnement. Ouf ! Au bout d'un petit moment passé à observer minutieusement le moteur qui, maintenant, tourne comme une horloge, notre aide providentiel nous lance soudain :

I can't believe it, I really can't believe it : it works !?
(Je n'arrive pas à y croire, je n'arrive vraiment pas à y croire : ça marche !?)

Retour au Motel

Il est 17h20. La sortie principale des docks est obstinément close. Nous errons entre les conteneurs à la recherche d'une autre sortie, qui se présente bientôt sous la forme d'un portail grand ouvert avec un policier en faction dans sa guérite climatisée. Médusé par la 2CV, il nous regarde comme s'il voyait le capitaine Kirk et monsieur Spock aux commandes de L'Enterprise. Soudain, nous sommes entourés d'une demi-douzaine de policiers style "C.H.I.P.s": lunettes de soleil, insignes étincelants, larges ceinturons luisants assortis de menottes, matraques et autres revolvers menaçants. Gloups!

Timidement, nous montrons le certificat des douanes. Les formalités sont vite expédiées car cet impressionnant déploiement de force n'est motivé que par une profonde incrédulité devant cet engin propulsé par un moteur qui fera dire à l'un des policiers :

That's not a car, that's a motorbike !
(C'est pas une voiture, c'est une moto !)

C'est ainsi qu'après une après-midi laborieuse nous affrontons, pour rentrer à notre motel, la circulation Américaine et ses célèbres échangeurs multi-voie.

Et bien, il faut le dire, les Américains y roulent vite, très vite même, surtout pour un bicylindre de seulement 425cm3. Pied au plancher, nous plafonnons parfois largement SOUS la vitesse MINIMALE autorisée !

Cependant notre "look" éminemment particulier incite automatiquement les autres conducteurs à n'approcher de la "bête" qu'avec beaucoup de circonspection. Il s'avère que cette approche à notre égard, prudente et curieuse à la fois, mais toujours amicale, nous l'avons rencontrée tout au long de notre voyage.

Un autre style d'approche se fait aussi sentir lorsque nous allons, pour la troisième fois, au petit restaurant Tex-Mex proche de notre motel.

Nous voyant débarquer de la 2CV, les serveuses, toutes recrutées sur les marches du podium de Miss Yankee, s'empressent miraculeusement à nous servir et s'enquièrent discrètement de notre pedigree...

Go West !

Pour en revenir à notre trajet, nous quittons Houston et partons droit vers l'Ouest afin de traverser les terres du légendaire juge Roy Bean, rendu célèbre par un film et un album de Lucky Luke, avant de remonter au Nord pour entrer au Nouveau Mexique.

Une route typique du Texas
Texas, the Wild, Wild West...

On ne se rend jamais aussi bien compte de l'immensité du continent Américain qu'en parcourant les vastes étendues désertiques du Texas au volant d'une 2CV qui plafonne à 90km/h par vent favorable. C'est une chose très étrange que de rouler des heures durant sans rien d'autre que la route devant, la route derrière et le ciel pour unique horizon où que le regard porte.

Si en France, l'emprise que possède l'homme sur la terre se fait toujours sentir, dans cet autre univers on passe rapidement de l'homme dominant la nature à la nature dominant l'homme. En fait, dans ces régions il n'est pas exagéré de dire que la dernière maison d'une ville constitue le dernier point de civilisation. Dès que l'on s'écarte des Highways, c'est un peu l'aventure qui commence et les routes nationales y sont aussi fréquentées que nos sentiers du Lannemezan un dimanche matin.

La moindre étape représente au bas mot trois à quatre cents kilomètres. A ce régime là, le ronronnement d'un moteur de 2CV se transforme en une véritable drogue. En fin de journée, vous êtes proprement vidé, le cerveau essoré par ce bourdonnement lancinant qui a résonné dans vos oreilles des heures durant. Couper le contact le soir est une réelle délivrance... mais démarrer le lendemain matin est un vrai régal.

La France ? Ah oui, je connais.

Chacun de nos arrêts provoque tout autour de nous un petit attroupement bon enfant, d'où fusent des questions dont voici quelques échantillons représentatifs:

- Vous venez d'où ?

De France.

- Oh oui, la France : La tour Eiffel, Pigalle... Vous êtes de Paris ?

Non, on vient de Toulouse

- Toulouse ? Je ne connais pas... C'est loin de Paris ?

C'est dans le sud de la France, c'est la ville où l'on a construit Concorde et où l'on construit maintenant les Airbus et la fusée Ariane.

- Oh oui, Concorde, quel bel avion ! Mais les Airbus et Ariane, je ne connais pas...

- C'est quoi cette voiture, une Renault ?

Non, c'est une Citroën.

- Citroën ? C'est la première fois que j'entends ce nom.

En bref, nous ne sommes jamais passés inaperçus...

Episode I : GenèseEpisode III : The end